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François Bayrou à Sciences-Po : "Plus de débat, ce serait plus drôle et plus vrai"

Le retour des candidats a suscité un regain d'intérêt parmi les étudiants de Sciences-Po. Et c'est un public nombreux et, dans sa grande majorité, bienveillant qui est venu accueillir François Bayrou pour son passage en Boutmy, jeudi 14 mars 2002. Un court discours d'une demi-heure et séance d'une heure de questions de la salle a permis au candidat de la Nouvelle UDF d'expliquer comment la relève qu'il entend incarner est porteuse "d'un discours plus drôle et plus vrai".

Pour François Bayrou, le choix d'un Président de la République doit se faire sur de grands axes. Les questions sont simples nous dit-il, et les réponses apportées doivent être à leur image. Mais "tous les moyens sont mobilisés" pour éluder les deux principales interrogations : "est-ce qu'on construit l'Europe ou non" et "est-on satisfait de la façon dont fonctionne le pouvoir en France" ? Ces questions forment les deux lignes directrices du programme présenté par F. Bayrou.

L'Europe n'est pas encore bâtie. Elle reste à faire. C'est cette conviction qui guide F. Bayrou. Il se dit être un "fédéraliste européen" parce qu'il veut que l'Europe puisse contrebalancer le pouvoir des Etats-Unis d'Amérique. Et pour cela, il faut être aussi fort qu'eux. Cette volonté ne trouve pas son fondement dans un quelconque antiaméricanisme mais dans la croyance, appliquée à tous les domaines, qu'être seul à gouverner, un pays ou le monde, conduit systématiquement à l'erreur. Et quand l'erreur s'applique à l'échelle planétaire, elle conduit à la catastrophe. Le pouvoir d'une seule super-puissance crée un monde plus dangereux. Vouloir contrebalancer le pouvoir des Etats-Unis, c'est également s'appliquer à sauvegarder la multiplicité des langues, des cultures et des valeurs. Pour réaliser cet objectif, seule une vision fédéraliste de l'Europe est possible. La perspective intergouvernementale, celle des accords à géométrie variable, identifiée comme celle proposée par J-P. Chevènement, ne conduit qu'à la cacophonie. Les volontés s'annulent. Il n'y aura pas d'Europe, pour F. Bayrou, tant que celle-ci se limitera à une zone de libre-échange.

Pour réaliser cette construction de l'Europe, F. Bayrou veut faire naître un « sentiment national européen », la citoyenneté de demain devant être déclinée à l'échelon de la région, du pays et de l'Europe. Interpellé sur le fait que, bien souvent, les Français ne souhaitent la supranationalité que dans la mesure où les décisions reflètent la volonté de la France, le candidat de la nouvelle UDF suggère la mise en place de débats publics et démocratiques au niveau européen afin que se créent des clivages politiques européens. Pour cela, il faudrait téléviser les conseils européens, comme celui de Barcelone, et plus encore, élire un président de l'Europe (le président de la Commission). Cette élection pourrait se faire, dans un premier temps, par la réunion des parlements nationaux, et, à terme, par les peuples. A côté de ce président élu, F. Bayrou suggère la mise en place d'un Conseil des Etats, pour "mettre en débat les voix nationales", afin que l'on sache, par exemple, quelle position sera défendue par la France. Pour contribuer à la formation de ce sentiment "national-européen", F. Bayrou suggère également de rendre obligatoire la validation d'un semestre dans une autre université européenne pour les étudiants français de deuxième cycle universitaire.

Pour la France, F. Bayrou ne se veut pas moins modeste. Faisant constat d'une insatisfaction patente face au fonctionnement du pouvoir, il propose de changer la façon suivant laquelle il s'exerce. Cet effort doit porter à deux niveaux : celui du fonctionnement de l'Etat et celui de ceux qui incarnent ce pouvoir.

La France, constate F. Bayrou, est devenue une sorte de monarchie. Le népotisme tient lieu de méthode de gouvernement. Ainsi, le sort des territoires, ou des professions, est décidé suivant que ceux-ci sont ou non représentés au sein du pouvoir central. C'est pourquoi il n'y pas d'autoroute entre Pau et Bordeaux ou que les médecins ont du patienter sept semaines avant d'être reçus par leur ministre de tutelle ! Ce système, centralisé et jacobin, héritier de la monarchie et du génie de Napoléon, est devenu inefficace et ne fonctionne plus dans un pays qu'il faut "revivifier". Changer le pouvoir, c'est alors rééquilibrer le poids de l'Etat central par rapport aux collectivités locales, mais également aux partenaires sociaux. L'Etat doit conserver ses prérogatives essentielles, mais les exercer en partenariat pour "transformer une société de sujets et une société d'acteurs". Face à l'échec scolaire, par exemple, les familles doivent être intégrées au cœur du dispositif. Si certaines familles souffrent de chocs affectifs ou de déracinement culturel, F. Bayrou demande de les aider. Cela passe à la fois par un engagement des français les uns envers les autres, par la vie associative pour former de véritables écoles des parents, mais également par une obligation faite par l'Etat à ces familles de "s'engager". Ainsi, chacun doit se sentir responsable et associé aux décisions. Par-là, F. Bayrou veut proposer une "révolution tranquille" et ainsi mettre fin à deux siècles de méfiances envers les corps intermédiaires. La révolution française avait représenté la prise du pouvoir par une élite qui ne s'accommodait pas d'une société organisée. Le candidat de la Nouvelle UDF veut mettre fin à cette période. Mais il constate que pour cela, il y a nécessité d'une formation des citoyens pour qu'ils (ré-)apprennent à s'occuper de leurs affaires. C'est à ce prix que l'on pourra "mettre fin à la culture de l'épreuve de force qui ne débouche sur rien".

Cette révolution, ni Jospin ni Chirac ne sont capables de l'assumer. Héritiers de l'ancien système, formés dans le même moule, aucun des deux n'est en mesure d'entreprendre les réformes nécessaires "non pas parce qu'ils sont méchants mais parce que depuis vingt-cinq ans, ils sont dans la même ornière". Ils sont enfermés dans des habitudes qu'ils ne peuvent plus changer. Il faut alors une relève. Et c'est cette relève que F. Bayrou prétend incarner.

La relève devra être fondée sur un discours de vérité. En ce sens, le programme de F. Bayrou est plus un discours de la méthode qu'un inventaire de mesures, même si, bien entendu, quelques-unes unes sont disséminées. Cette méthode s'appuie sur deux éléments : choisir des priorités et ne pas mentir sur l'état des choses. Choisir des priorités, c'est, par exemple, privilégier "l'administration de mission" sur "l'administration de papier" et de contrôle pour réformer l'Etat. C'est encore préconiser de ne pas autoriser l'entrée en classe de sixième à ceux qui ne sauront pas lire ou écrire. Tenir un discours de vérité, c'est affirmer la nécessité d'un retour à l'équilibre des finances publiques pour parvenir à un désendettement massif avant le vieillissement de la population. C'est dire, également, qu'il faudra "assouplir" les conditions d'âge de départ à la retraite. Et F. Bayrou le clame à plusieurs reprises : "ceux qui vous disent le contraire vous racontent des histoires".

C'est à partir de ces vérités que doit se tenir un débat parce que son absence constitue la racine du mal de la droite française. Il ne faut pas supprimer la droite républicaine qui doit assumer ses idées supplie même F. Bayrou, sans quoi c'est laisser place libre à l'extrême droite. Le candidat de la Nouvelle UDF y va même de son acte de contrition pour reconnaître "qu'à droite, on n'est pas marrant ! Plus de débat, ce serait plus drôle et plus vrai".

On comprend facilement, dans cette perspective, que F. Bayrou refuse toute perspective de formation d'un parti unique, à droite. Cela ne peut pas marcher, ne serait-ce qu'en raison du mode de scrutin, à deux tours. La Nouvelle UDF n'est donc pas morte et devrait en sortir "beaucoup plus solide". La défaite est de ne pas livrer combat. Et s'il y a victoire, ou score raisonnable précise quand même François Bayrou, "ce sera le retour des brebis égarées parce que c'est ce qui se passe quand on est moutonnier !".