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Débat avec le club "Dialogue et Initiative" (animé par P. Perrineau) - Sciences-Po, le 16 janvier 2002

Pour le deuxième débat organisé à Sciences-Po autour du thème de l'élection présidentielle 2002, pas de candidat, faute, peut-être, de candidat déclaré. C'était une rencontre avec le très chiraquien club Dialogue et Initiative qui était proposée aux étudiants. Ceux-ci se sont cependant moins pressés que lors du passage de J-P. Chevènement, l'amphi Boutmy restant largement clairsemé. En un peu plus d'une heure et demie de débats, les quatre animateurs et fondateurs de Dialogue et Initiative, Jacques Barrot, Michel Barnier, Dominique Perben et Jean-Pierre Raffarin ont pu ainsi largement se présenter et exposer le "contrat pour l'alternance" qu'ils proposent aux français à l'occasion de l'élection présidentielle. Comme le résumera P. Perrineau, s'il y a des candidats sans projet, il existe aussi des programmes sans candidat, du moins dans l'immédiat.

Le contrat présenté par Dialogue et initiative repose d'abord sur une conviction profonde, pour ses auteurs, sur l'idée d'un besoin de liberté pour que les initiatives puissent s'épanouir. La création du club, selon ses fondateurs, illustre l'esprit même de cette démarche, parce qu'il constitue un espace de liberté individuelle, en dehors des partis (mais pas contre les partis sera-t-il précisé) pour élaborer une nouvelle "pensée politique", construite par des hommes d'expériences et de terrain.

Dialogue et Initiative est née en juin 1998, alors que les couloirs de l'Elysée étaient vides, afin de contribuer à la reconstruction d'une opposition en miettes, après le double traumatisme de la dissolution ratée de 1997 et de la défaite des élections régionales de 1998. Cette reconstruction devait passer, c'était la conviction partagée des quatre fondateurs, par un travail "en accord profond avec J. Chirac".

Dialogue et Initiative s'est essentiellement incarné dans ses quatre fondateurs (même si des réseaux d'élus de proximité sont en train d'être mis en place), qui se revendiquent, chacun, des trois cultures politiques représentatives de la droite française. Le libéralisme d'un J-P. Raffarin se conjugue ainsi avec les convictions démocrates-chrétiennes de Jacques Barrot, Michel Barnier et Dominique Perben apportant l'élément du gaullisme. Ainsi, la définition générale du projet permet la combinaison de priorités parfois nuancées. M. Barnier insistera particulièrement sur la redéfinition de l'idée, toujours actuelle, de souveraineté nationale, J. Barrot sur le fait que chaque individu mérite, au départ, la confiance tandis que J-P. Raffarin plaidera pour un Etat contractuel, un Etat stratège et un Etat régalien, mais dans les fonctions qui lui sont propres.

Ces philosophies différentes se doublent aussi d'expériences diverses, du niveau européen, avec M. Barnier, commissaire européen, au niveau de la commune, comme la mairie de Chalons sur Saône pour D. Perben. C'est aussi l'expérience de Jean-Pierre Raffarin à la présidence de la région Poitou-Charente ou celle de J. Barrot comme ministre des affaires sociales.

Suivant les expériences et les préférences, Dialogue et Initiative fonctionne ainsi suivant un partage des tâches. M. Barnier s'occupe plus particulièrement des questions européennes et d'environnement, D. Perben de la réforme de l'Etat, J-P. Raffarin de la décentralisation et J. Barrot du champ économique et social.

Le fonctionnement de Dialogue et Initiative est collégial. La présentation du club, d'ailleurs, est tournante. A Sciences-Po, c'est D. Perben, ancien élève, qui assumait l'introduction.

Pour tous, la réussite ne peut être que collective, et, à cet effet, la logique du réseau est supérieure à celle de la hiérarchie nous dit J. Barrot. Dialogue et Initiative pourrait ressembler à un laboratoire d'idées, mais profondément ancré dans le vécu et l'expérience. C'est la conjonction de ces deux termes qui fait pour ses fondateurs l'originalité et l'apport de Dialogue et Initiative dans le paysage de la droite française contemporaine.

Le contrat de l'alternance que propose Dialogue et Initiative aux français n'est pas un simple catalogue de mesures. Ses auteurs insistent particulièrement sur sa dimension de "pensée politique" ainsi que sur "une méthode de gouvernance" afin de réussir le nécessaire changement de la société française, "bloquée et appauvrie". Le contrat de l'alternance, c'est ainsi un pari sur la capacité de la France à se réformer.

Le courage politique, "c'est de ne pas aller dans le mur" nous dit D. Perben. Les réformes apparaissent cependant nécessaires. Pour les réaliser, Dialogue et Initiative propose deux principes : celui de la concertation, préalable à la définition de la réforme, et celui d'une "nouvelle gouvernance" où l'Etat indique la direction mais laisse la mise en œuvre à d'autres acteurs et où il procède également pour une large part par expérimentation. Ce qui est proposé, c'est non pas "un projet de société mais une société de projets".

L'Etat, d'abord, doit être remis à sa place. J. Barrot lui assigne deux rôles : une mission de régulation, garantissant la paix et la sécurité, le partage du savoir et de la culture, et une mission d'accompagnement, de la vie économique et sociale. L'Etat ne peut pas agir dans tous les champs de la même manière, la distinction devant être faite entre ses domaines régaliens et les autres. La démocratie sociale et locale doit donc prendre, par exemple, d'une solidarité économique organisée et planifiée par l'Etat. C'est ainsi que le gouvernement pourra retrouver sa crédibilité, en tenant ses promesses.

Trois domaines paraissent illustrer particulièrement ce propos : l'Europe, la décentralisation et l'éducation.

Pour M. Barnier, la construction européenne doit se réformer. Jusqu'à présent, l'Europe a été construite pour les citoyens mais sans leur participation. Ce temps doit prendre fin. Notamment, il apparaît indispensable de ne plus mettre les Parlements nationaux devant le fait accompli, mais de les associer plus étroitement. Il est également nécessaire que les gouvernants aient le courage de s'expliquer, dans un effort de clarification. Il existe une dimension européenne dans les problèmes, mais aussi dans les solutions, contemporains. Il faut montrer où se prennent les décisions et comment. Ainsi, c'est le principe même de la souveraineté nationale qui a changé. Elle ne s'exprime plus par la capacité à dire non mais par la capacité à être là où les choses se passent, pour y imprimer sa marque.

La question de la décentralisation, pour J-P. Raffarin et J. Barrot, c'est d'abord la nécessité d'établir un partage clair et défini des compétences, entre Etat et collectivités locales d'une part, et entre les différentes collectivités d'autre part. C'est ainsi que sera "allégée la structure" et que les projets pourront aboutir. Pour cela, Dialogue et Initiative propose un système unique de décentralisation, avec les mêmes élus pour les départements et les régions, siégeant, alternativement, à un niveau ou à un autre. Cela permettrait de définir la région comme espace de cohérence et de programmation tandis que le département serait l'espace de proximité et de mise en œuvre.

La réforme de l'éducation, enfin, illustre parfaitement, pour D. Perben, l'enjeu de la réforme de l'Etat. Pour cela, il ne faut pas "un grand soir de la réforme" mais, au contraire, un principe d'expérimentation. L'éducation nationale représente le modèle d'une structure hiérarchique classique, dont les différentes compétences sont confondues. L'idée maîtresse d'une réforme passe donc par des clarifications, en commençant par définir quelle doit être la mission fondamentale de l'école. Celle-ci doit être la transmission du savoir. Pour accéder à une pratique plus efficace dans cette direction, le ministère doit se limiter à fixer les objectifs aux académies, ayant bénéficié d'une large déconcentration, et de prendre en charge un système d'évaluation, à tous les niveaux. C'est ainsi que l'éducation nationale pourra tenir son rôle crucial pour la compétitivité de la France dans la concurrence mondiale.

Ce contrat pour l'alternance, dans l'esprit de ses auteurs, est une contribution au débat programmatique, pour l'élection présidentielle, en faveur d'un candidat potentiel, mais également, au delà, une étape vers la reconstruction de la droite modérée.

Si le soutien que Dialogue et Initiative apporte à J. Chirac s'accompagne d'une volonté de renouveler la vie, et le personnel, politiques, c'est que, avec Chirac, "vous en prenez pour cinq ans, mais dix avec tous les autres", dira, sous forme de boutade, J-P. Raffarin. M. Barnier soulignera pour sa part que J. Chirac est la seule personne en position de faire réussir la transition actuelle entre deux époques et que l'âge compte moins que la capacité. J. Chirac, c'est aussi l'incarnation d'un projet et d'une démarche largement consensuels, à droite, le produit de l'entrecroisement de multiples convictions, comme le souligne J. Barrot.

Au delà de l'élection présidentielle, c'est également l'avenir de la droite qui se joue. Tous ici sont en faveur de la formation d'un grand parti. Dialogue et Initiative pourrait en servir, sous quelques aspects, de préfiguration. Mais cette synthèse reste encore largement à faire, pour M. Barnier. L'essentiel, de toute façon, est de ne pas "polluer" la campagne présidentielle par des querelles de parti. Chaque étape a son temps.