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Eléments d'analyse - Elections présidentielles dans le monde

Dans sa forme pure la démocratie majoritaire suppose l'élection du chef de l'exécutif directement par le peuple, dans une seule circonscription, celle de l'Etat tout entier, à la majorité des suffrages exprimés. C'est ce que font des pays comme la France, la Pologne, la Russie. De manière indirecte c'est ce que font les Etats Unis d'Amérique où le président est choisi par des grands électeurs élus dans chaque Etat mais où de facto c'est le peuple tout entier qui choisit entre les candidats. Nombre de pays latino-américains ont suivi l'exemple américain avec plus ou moins de bonheur tout en instaurant des élections du Président au suffrage universel direct (Argentine, Brésil, Chili, Pérou, Uruguay). Les autres démocraties répugnent à ce procédé soit qu'elles l'écartent tout à fait, soit qu'elles ne confèrent aucun caractère gouvernemental à l'élection populaire du chef de l'Etat.

Les deux types d’élections présidentielles

Il y a donc deux types d'élections présidentielles : celles qui investissent un véritable chef de l'exécutif et celles qui choisissent un chef de l'Etat aux fonctions davantage honorifiques ou purement arbitrales. Parmi les premières, on compte les élections présidentielles de pays comme les Etats Unis, la France, la Russie ou encore le Chili. Parmi les secondes, on relève les élections de pays comme la Finlande, l’Autriche, l’Irlande, l’Islande, le Portugal, la Pologne ou la Bulgarie. Le rôle politique de l’élection présidentielle dépend du système institutionnel dans lequel elle prend place. Dans les systèmes présidentiels ou semi-présidentiels, la légitimité du Président élu au suffrage universel domine ou équilibre la légitimité de l'assemblée législative et l’élection présidentielle est l’élection-reine du système politique. Dans les systèmes parlementaires, l'élection du Président par le peuple ne remet pas en cause la prééminence de la souveraineté parlementaire et reste une élection secondaire.

Quel que soit le type d'élection présidentielle, il y a diverses modalités techniques de l'élection (cf. tableau) : au suffrage universel direct (dans la quasi-totalité des cas) ou au suffrage universel indirect (Etats-Unis d'Amérique, Finlande jusqu'en 1995), un tour (Etats-Unis, Islande, Mexique) ou deux tours (France, Autriche, Russie, Brésil), seuil variable pour être élu au premier tour (40 % au Costa-Rica, 45 % en Argentine et au Nicaragua, 50 % dans la plupart des autres pays), possibilité de réélection illimitée du Président (France) ou limitée à un second mandat (Etats-Unis, Irlande, Portugal, Russie, Argentine) ou encore interdiction d'un second mandat (Mexique, Colombie), mandat court (4 ans pour les Etats-Unis, l'Islande, la Russie, la Roumanie, l'Argentine ou le Brésil) ou long (7 ans pour la France, l'Irlande) ou encore intermédiaire (5 ans au Portugal, en Pologne, en Bolivie au Pérou; 6 ans en Finlande, au Chili, au Mexique).


Les élections populaires du Président de la République (Amérique et Europe)

Pays

Durée du mandat

Mode de scrutin

Argentine

-         4 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Autriche

-         6 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour (éventuellement différents de ceux du 1er tour)

Biélorussie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Bolivie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         1er tour au scrutin universel direct

-         si aucun candidat n’a la majorité absolue des suffrages exprimés, élection par le Congrès entre les 3 candidats ayant eu le plus de voix lors de l’élection générale

Brésil

-         4 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Bulgarie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Chili

-         6 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Colombie

-         4 ans

-         pas de rééligibilité

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Costa-Rica

-         4 ans

-         pas de rééligibilité

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Croatie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Equateur

-         4 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Etats-Unis

-         4 ans

-         rééligible 1 fois

-         Désignation de grands électeurs au suffrage universel direct, puis élection par les grands électeurs

-         S’apparente à une élection directe

Finlande

-         6 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

France

-         7 ans

-         indéfiniment rééligible

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Guatemala

-         4 ans

-         pas de rééligibilité

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Honduras

-         4 ans

-         pas de rééligibilité

-         1 tour

Irlande

-         7 ans

-         rééligible 1 fois

-         vote unique transférable, 2 tours

-         pas d’élection en cas de candidat unique (assez fréquent)

Islande

-         4 ans

-         indéfiniment rééligible

-         1 tour

-         pas d’élection en cas de candidat unique (très fréquent)

Lithuanie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Macédoine

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Mexique

-         6 ans

-         pas de rééligibilité

-         1 tour

Nicaragua

-         5 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Panama

-         5 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         1 tour

Paraguay

-         5 ans

-         pas de rééligibilité

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Pérou

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Pologne

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Portugal

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

République Dominicaine

-         4 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Roumanie

-         4 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Russie

-         4 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Salvador

-         5 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Slovénie

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Ukraine

-         5 ans

-         rééligible 1 fois

-         2 tours

-         2 candidats seulement au 2ème tour

Uruguay

-         5 ans

-         rééligible 1 fois mais pas immédiatement (délai d’un mandat)

-         1 tour

Vénézuela

-         6 ans

-         rééligible 1 fois

-         1 tour


Les effets de l’élection présidentielle

Potentiellement, l'élection présidentielle entraîne cinq effets latents: la nationalisation des enjeux, des clivages et des comportements, la personnalisation de la compétition électorale, la bipolarisation des configurations politiques, l'accentuation du rythme électoral et la probabilité accentuée de conflit avec les autres institutions.

L'élection présidentielle, du fait qu'elle est organisée dans une circonscription unique nationale, avec une campagne nationale qui surplombe les diverses scènes politiques locales ou régionales, entraîne une nationalisation des enjeux quelle que soit la partie du territoire national sur laquelle on se situe. Les appareils politiques et les médias nationaux jouent un rôle prédominant et contribuent à modérer, sans jamais les marginaliser totalement, l'expression des jeux politiques, des clivages et des comportements à caractère localiste. Obéissant à un scrutin majoritaire et national, l'élection présidentielle est également uninominale et comporte ainsi une dimension de personnalisation de l'offre politique qui, sans substituer pleinement l'affrontement des hommes à celui des familles politiques, contribue à une relative "départisanisation" des choix politiques. Le scrutin majoritaire à deux tours favorise le rassemblement des électorats en deux grandes coalitions qui dépassent la diversité des clivages politiques et partisans telle qu'elle s'exprime dans les élections législatives surtout lorsque celles-ci sont organisées à la représentation proportionnelle. En venant se rajouter aux échéances des élections législatives, les élections présidentielles accélèrent le rythme électoral et viennent raccourcir l'espérance de vie ou au moins l'horizon de gouvernements soumis à un double verdict des urnes : le verdict de l'élection présidentielle et celui des élections législatives. Enfin, décalée dans le temps par rapport aux élections législatives, l'élection présidentielle peut épouser les fluctuations politiques de l'électorat et déboucher sur des conflits politiques entre un pouvoir législatif d'une couleur politique et un pouvoir exécutif d'une autre.

Tous ces effets latents sont plus ou moins manifestes selon le contexte institutionnel.

Le contexte institutionnel

Trois éléments institutionnels sont décisifs pour prendre la mesure de l'impact politique de l'élection présidentielle.

. « L’élection présidentielle au suffrage universel investit quel type de Président : un chef de l'exécutif ou un substitut symbolique du monarque ? ». La réponse à cette première question varie selon le type de régime dans lequel on est : parlementaire, semi-présidentiel ou présidentiel. Quand la hiérarchisation entre chef de l'Etat et Premier ministre se fait au profit du Président (ou lorsque le régime est présidentiel) on a une élection "exécutive". Tel est le cas de l'élection présidentielle française, russe ou américaine. Dans le cas contraire l'élection n'a pas la même signification et son impact est réduit. Tel est le cas de l'élection présidentielle autrichienne, irlandaise ou finlandaise.

. « Le Président a-t-il ou non en face de lui dans l'autre autorité investie par le suffrage universel (l'Assemblée) une volonté majoritaire claire et disciplinée ou au contraire une multiplicité de groupes et de clivages ? ». Dans le second cas le Président a une marge de manœuvre. Dans le premier, s'il est le chef de la majorité, son autorité est renforcée (cas du Président français sous la Vème République lorsqu'il n'y a pas cohabitation avec une majorité parlementaire hostile), si ce n'est pas le cas il n'a qu'une très faible marge de manœuvre (cas du Président français en cas de cohabitation).

. « Dans quelles conditions historiques l'élection présidentielle a-t-elle été introduite ? ». Dans certains pays , dès le départ, par quasi-consensus on s'est accordé pour annuler les potentialités de l'élection du Président au suffrage universel (Irlande, Islande, Autriche) ou, au contraire, pour lui donner un rôle clef (Etats-Unis). Dans d’autres pays, la distribution du pouvoir entre Président, Premier Ministre et Assemblée n'est pas tout à fait stabilisée et l’élection présidentielle a pu ou peut encore, dans certaines conditions, jouer un rôle important (Portugal, Finlande). Enfin, dans certains pays, la dualité de l'éxécutif a été entamée par sa hiérarchisation voulue au profit de la Présidence et l’élection présidentielle reste le moment fort de la vie politique (France).

De l’élection présidentielle « éxécutive » à l’élection présidentielle symbolique

En fonction de ces divers paramètres, Jean-Luc Parodi distingue quatre cas:

1/ Les pays où le Président est le seul titulaire de l'Exécutif. Les potentialités de l'élection présidentielle deviennent alors assez largement des réalités (Etats Unis, Chili, Brésil).

2/ Des effets identiques se retrouvent quand la dualité de l'Exécutif est annulée par sa hiérarchisation au profit du Président  (France hors situation de cohabitation).

3/ Les pays où la Présidence est un substitut symbolique de la monarchie, le chef de gouvernement ayant la direction effective de l'Exécutif mais où règnent une incertitude historique sur la hiérarchie institutionnelle entre les deux et une incertitude politique du fait de l'absence de majorité parlementaire claire (Finlande, Portugal à certaines époques).

4/ Les pays où l'institution présidentielle symbolique est renforcée dans son rôle symbolique par une volonté historique de neutralisation de la fonction présidentielle et par l'existence d'une majorité parlementaire disciplinée (Autriche, Irlande et Islande).

Comme on peut s'en rendre compte, le même mécanisme de l'élection présidentielle au suffrage universel a des effets très diversifiés selon le contexte institutionnel et politique dans lequel il fonctionne.

Elections présidentielles en France depuis 1958

.L'histoire

Après l'épisode malheureux de l'élection présidentielle du 10 décembre 1848 qui déboucha sur l'élection du prince Louis Napoléon Bonaparte puis le coup d'Etat du 2 décembre 1851, l'élection du Président de la République au suffrage universel direct fit l'objet d'un véritable tabou. Sous les IIIème et IVème Républiques, le Président de la République fut élu par les Chambres. En 1958, avec la Vème République le choix se fit en faveur d'un système qui se situait à mi-chemin  entre la formule traditionnelle des IIIe et IVe Républiques qui confiait l'élection aux parlementaires et celle de la seconde République qui s'en remettait au peuple : l'élection par un collège élargi. Ce dernier type d'élection était tout à fait conforme à la conception que le général de Gaulle s'était faite, dès 1946, de l'élection présidentielle et qu'il avait exposée avec ses autres idées constitutionnelles dans son discours de Bayeux : "C'est donc du chef de l'Etat, placé au dessus des partis, élu par un collège qui englobe le Parlement mais beaucoup plus large et composé de manière à faire de lui le Président de l'Union française en même temps que celui de la République, que doit procéder le pouvoir exécutif". Ce collège rassembla, en 1958, 81764 notables (les parlementaires, les conseillers généraux, les membres des assemblées des TOM, plus de 70000 maires, adjoints et conseillers municipaux). L'élection du 21 décembre 1958 vit l'écrasante victoire de Général de Gaulle qui remporta 78,25 % des suffrages des élus (76,75 % des inscrits).

Résultats de l'élection présidentielle du 21 décembre 1958

Votants 81290, exprimés: 79740

De Gaulle : 62394; Marrane (PCF) : 10355; Châtelet (Union des Forces démocratiques, radicaux mendésistes et socialistes anti-gaullistes) : 6721.

Pour un autre candidat que le général de Gaulle, cette élection par un collège d'élus locaux n'était pas très légitimante. Aussi, le général de Gaulle, songeant peut-être à sa réélection et sûrement à celle de ses successeurs, décida, en 1962, de proposer au peuple par la voie du référendum la réforme de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct. Le 28 octobre 1962, la réforme fut adoptée par 62% des suffrages exprimés des électeurs.

Les règles

Comme le prévoit dorénavant la loi du 6 novembre 1962, "Le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct". Cette élection se fait au scrutin majoritaire à deux tours. Si aucun candidat n'a recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour un deuxième tour est organisé le deuxième dimanche suivant entre les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour. L'élection présidentielle obéit également à quelques conditions de délai : le premier tour est organisé 20 jours au moins et 35 jours au plus avant l'expiration du mandat du Président en exercice, ou après l'ouverture de la vacance ou la déclaration du caractère définitif de l'empêchement. Pour être éligible il faut être âgé de 23 ans au moins, ne pas être frappé d'une incapacité ou d'une inéligibilité et avoir satisfait aux obligations militaires. Le système de présentation des candidatures était initialement le suivant : la candidature devait être adressée au Conseil Constitutionnel avec le parrainage d'au moins 100 parlementaires, conseillers économiques et sociaux, conseillers généraux ou maires appartenant à au moins 10 départements ou territoires d'outre mer Ce régime fut modifié par la loi organique du 18 juin 1976 qui prévoit un parrainage de 500 parlementaires, conseillers régionaux (depuis 1988), conseillers généraux, de Paris ou des assemblées des TOM, ou maires, appartenant à 30 départements ou TOM au moins sans que plus d'un dixième d'entre eux puissent être les élus d'un même département.

Les six élections au suffrage universel direct

Six élections présidentielles au suffrage universel direct ont eu lieu depuis la réforme de 1962 (cf. tableau). L' élection présidentielle s'est imposée comme l'élection la plus populaire : les records de participation à un premier tour comme à un second tour d'élection ont été atteints lors des élections présidentielles de 1965 (premier tour : 84,75%) et de 1974 (second tour : 87,33%).

Participation 1er tour : 84,75% en 1965, 77,59% en 1969, 84,23% en 1974, 81,09% en 1981, 81,38% en 1988, 78,38% en 1995.

Participation 2ème tour : 84,32% en 1965, 68,85% en 1969, 87,33% en 1974, 85,85% en 1981, 84,07% en 1988, 79,66% en 1995.

(Consulter en ligne le tableau des évolutions des familles politiques en France, depuis 1965 (format PDF, nécessite Acrobate Reader).

De 1965 à nos jours, les élections présidentielles ont été marquées par un processus d'éclatement de l'offre électorale et de tendance à la dispersion des voix. L'offre électorale n'a cessé de se diversifier de 1965 à 1974. Le nombre de candidats est passé de 6 en 1965 à 7 en 1969 puis 12 en 1974 et est resté élevé par la suite, en dépit de la réforme de 1976 : 10 en 1981, 9 en 1988, 9 en 1995. La polarisation des voix sur les "grands" candidats arrivés en tête a été forte jusqu'en 1974 pour fortement diminuer par la suite. Par exemple, le pourcentage de voix obtenu par les deux premiers candidats a été de 76,3% en 1965, 67,8% en 1969, 75,8% en 1974 pour descendre à 54,1% en 1981, 54% en 1988, 44,1% en 1995. Autre exemple de cet "éclatement" du vote présidentiel : les candidats des quatre grandes familles (PC,PS, Gaullisme, droite non gaulliste) ont rassemblé plus de 90% des suffrages jusqu'en 1974 pour ensuite décliner régulièrement (91,9% en 1965, 94,1% en 1969, 90,9% en 1974, 87,4% en 1981, 77,3% en 1988, 71,3% en 1995).

Aucune des élections présidentielles n'a enregistré, depuis 1965, la victoire d'un candidat au premier tour. Tous les premiers tours ont vu l'affrontement des grandes familles politiques (socialiste, gaulliste, droite modérée) avec une exception pour la famille communiste qui, à deux reprises (1965 et 1974), préféra soutenir, dès le premier tour, une candidature unique de la gauche représentée par F. Mitterrand. En dehors du PCF, l'extrême gauche fut constamment présente depuis 1969 (2 candidats en 1969, 2 en 1974, 2 en 1981, 3 en 1988, 1 en 1995). La diversité de la gauche extérieure à ce pôle d'extrême gauche a toujours été modeste dans l'élection présidentielle : ce n'est qu'en 1981 qu'on recense, en dehors de la candidature socialiste, une candidature de gauche modérée : celle du radical de gauche M. Crépeau. La diversité de la droite a constamment été plus forte dans l'élection présidentielle. Au delà des deux composantes gaulliste et de droite modérée qui ont été présentes de manière constante de 1965 à 1995, des "petits" candidats issus de ces forces ont souvent tenté leur chance (1 candidat en 1965, 2 en 1974, 2 en 1981, 1 en 1995). L'extrême droite, quant à elle, a été présente à éclipses (1 candidat en 1965, 1 candidat en 1974, 1 candidat en 1988, 1 candidat en 1995). Enfin, avant la réforme de 1976, quelques candidats "exotiques", sans enracinement politique toujours défini, ont été présents (1 en 1965, 1 en 1969, 3 en 1974).

En ce qui concerne l'évolution de ces divers courants politiques, le PCF a connu des années 60 à nos jours un fort déclin électoral qui, de première force de la gauche présidentielle (et de loin) en 1969, l'a amené au stade de courant relativement marginal PC (21,3% en 1969, 15,3% en 1981, 6,8% en 1988, 8,6% en 1995). Le courant socialiste, fondu dans une gauche unitaire en 1965 et 1974, est proche de la marginalisation en 1969 et connaît une forte dynamique dans les années 70 et 80 pour enregistrer par la suite une décélération sensible (5% en 1969, 25,8% en 1981, 34,1% en 1988, 23,3% en 1995).

Avec ses associés d'extrême gauche, la gauche socialiste et communiste n'a jamais été majoritaire dans un premier tour d'élection présidentielle (31,72% en 1965; 30,95% en 1969; 45,95% en 1974; 46,82% en 1981; 45,23% en 1988; 37,24% en 1995). Marginalisée dans les années soixante, elle dépasse régulièrement les 45% de suffrages exprimés dans les années 70 et 80 avant de repasser sous la barre des 40% en 1995.

Cependant, depuis 1974, et surtout depuis 1981, un courant écologiste est apparu dont le centre de gravité politique est plutôt à gauche : 1,32% en 1974; 3,88% en 1981; 3,78% en 1988; 3,32% en 1995.

A droite, l'extrême droite, après avoir connu un modeste succès avec la candidature de Jean-Louis Tixier Vignancour en 1965 (5,2%), était affaiblie au point de ne même pas pouvoir présenter de candidat en 1969 et de ne rassembler que 0,7% des suffrages avec Jean-Marie Le Pen en 1974. La crise économique et sociale et la crise de confiance vis à vis du système politique allaient lui redonner un espace politique dans les années 80 et 90 : 14,4% en 1988; 15% en 1995. La droite non gaulliste, en dépit de la bipolarisation massive de l'élection présidentielle et plus largement des institutions de la Vème République, parvint toujours à être un acteur important de l'élection présidentielle et même, avec Valéry Giscard d'Estaing, à être la première force de droite : 17,3% en 1965, 23,3% en 1969, 33,3% en 1974, 28,3% en 1981,16,5% en 1988, 18,6% en 1995. La droite gaulliste est passée d'une situation ultra-dominante dans les années 60 à une situation beaucoup plus fragile depuis les années 70 : 44,6% en 1965, 44,5% en 1969, 15,1% en 1974, 21% en 1981, 19,9% en 1988, 20,8% en 1995. Cet affaiblissement du "gaullisme présidentiel" a entraîné un tassement sensible de la droite classique : 61,9% en 1965; 67,8% en 1969; 51,6% en 1974; 49,3% en 1981; 36,4% en 1988; 44,1% en 1995. Cependant, avec l'extrême droite, la droite retrouve une position dominante dans tous les premiers tours même ceux des années 80 : 67,13% en 1965; 67,78% en 1969; 52,32% en 1974; 49,31% en 1981; 50,87% en 1988; 59,16% en 1995.

L'apport majoritaire de l'écologie pour la gauche, la bonne discipline des électorats de gauche battus au premier tour, les "déchets" importants du côté de l'extrême droite pour la droite ainsi que les défections certes minoritaires mais décisives de par leur poids dans les électorats de droite battus (Chirac en 1981, Barre en 1988), contribuent à éclairer comment une droite majoritaire au premier tour a pu connaître l'échec au second en 1981 et 1988.

Les seconds tours ont tous été marqués (sauf en 1969) par des affrontements bipolaires gauche-droite et des victoires larges (C. de Gaulle en 1965 avec 55,20%,G.Pompidou avec 58,21% en 1969, F.Mitterrand en 1988 avec 54,02%, J.Chirac en 1995 avec 52,64%) sauf en 1981 (F.Mitterrand avec 51,76%) et surtout 1974 (V.Giscard d'Estaing avec 50,81% et moins de 450 000 voix d'avance sur son concurrent F.Mitterrand).

Ainsi, l'élection présidentielle sous la Vème République, a été, à partir de la réforme de 1962, un puissant instrument de bipolarisation de la vie politique, bipolarisation électorale où dans les deuxièmes tours les électeurs des candidats éliminés sont incités à reporter leurs suffrages sur celui des deux candidats restés en lice qui est le plus proche ou plutôt le moins éloigné d'eux, bipolarisation partisane dans la mesure où les candidats éliminés et leurs partis sont tentés de voler au secours de la victoire afin d'y être associés et de dessiner ainsi les contours de deux coalitions : la majorité présidentielle et l'opposition, bipolarisation institutionnelle enfin avec l'articulation politique réalisée par le couplage de la majorité présidentielle avec la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement nommé par le Président de la République. Mais cet effet bipolarisant de l'élection présidentielle n'est qu'une tendance. En effet dans les années 80 et 90, la diffusion de la représentation proportionnelle à plusieurs niveaux du système politique a fait réapparaître des tendances centrifuges dans l'électorat même lorsque celui-ci s'exprimait dans des élections obéissant au scrutin majoritaire à deux tours. Des forces comme l'écologie indépendante (Waechter en 1988) ou le Front national (Le Pen en 1988 et 1995) ne se sont jamais vraiment inscrites dans le mécanisme de la bipolarisation. La contrainte de rassemblement majoritaire est également limitée par le fait que les alliances de second tour restent des alliances d'associés-rivaux dans lesquelles, au fil des ans, la rivalité l'emporte sur l'association (le RPR dans la seconde moitié du septennat giscardien, le PC lors des deux septennats mitterrandiens). Cette logique de la rivalité est renforcée par le constat que font les partis, même non dominants, qu'il est difficile d'exister en tant que partis sans présidentiable à sa tête. Enfin, l'expérience répétée de la cohabitation en introduisant un découplage entre majorité présidentielle et majorité parlementaire, amène un brouillage des notions de majorité et d'opposition puisque, à trois reprises depuis 1986 (1986-88, 1993-95, 1997-…), la majorité présidentielle est l'opposition parlementaire. Alors que les trois premières élections présidentielles au suffrage universel direct avaient mis en place un fait majoritaire à la française, coïncidence durable des majorités parlementaire et présidentielle, les trois dernières élections ont toutes connu une rupture de ce fait majoritaire, une éclipse du Président et la reconnaissance d'un fait majoritaire à l'anglaise au profit de Premier Ministre. Sous la Vème République, indépendamment des pouvoirs qui sont conférés au Président dans la Constitution, la suprématie de celui-ci ne tient pas à son seul mode d'élection mais aussi à sa capacité à faire en sorte que sa majorité gagne la majorité parlementaire. L'élection présidentielle et les élections législatives forment ainsi un système.

Pascal Perrineau


Bibliographie :

. Elire un président, Pouvoirs, n°14, 1980

. Nicholas Wahl, Jean-Louis Quermonne, dir., La France présidentielle, L'influence du suffrage universel sur la vie politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1995

. Centre d'Etude de la Vie Politique Française, L'élection présidentielle de décembre 1965, Paris, Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Armand Colin, 1970. .F.Goguel, Chroniques électorales, La Cinquième République après de Gaulle (tome 3), Paris, Presses de la FNSP, 1983

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