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Eléments d'analyse - Élections législatives depuis 1958 (résultats)

L’avènement de la Cinquième République en 1958 est également celui du scrutin uninominal majoritaire à deux tours (ordonnance du 13 octobre 1958, modifiée par les lois du 29 décembre 1966 et du 19 juillet 1976). Pour être élu député au premier tour, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés, correspondant à au moins un quart des électeurs inscrits. Dans les autres cas, un second tour est organisé le dimanche suivant (scrutin de ballottage). Peuvent être présents au second tour les candidats déjà présents au premier tour, ayant recueilli au moins 12,5 % des électeurs inscrits, depuis la loi du 19 juillet 1976 (le seuil, qui était de 5 % à l’origine, en 1958, avait été relevé une première fois à 10 % par la loi du 29 décembre 1966). Par la loi du 26 juin 1985, l’Assemblée nationale adoptait le scrutin proportionnel (en même temps qu’elle portait le nombre total des députés de 491 à 577). A l’exception des députés de Wallis-et-Futuna, Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon, élus au scrutin uninominal, majoritaire à deux tours, les députés sont élus dans le cadre départemental, au scrutin de liste à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel. Pour être admises à la répartition des sièges, les listes doivent avoir recueilli au moins 5 % des suffrages exprimés. La loi du 11 juillet 1986 rétablit le scrutin uninominal, majoritaire à deux tours (Lancelot).

Du vote de reconduction au vote sanction.

Les résultats des élections législatives sous la Cinquième République font apparaître deux grandes périodes : de 1958 à 1978, les électeurs reconduisent systématiquement la majorité sortante, de droite. A chacune des six élections législatives qui jalonnent cette première période, la majorité sortante est reconduite, avec plus ou moins de facilité. Cette période, également marquée par la domination des droites, prend fin lors des élections de 1978. A l’issu d’un premier tour défavorable, la majorité sortante évite finalement la défaite, mais de peu. Les conditions qui ont permis à la majorité de rester en place en 1978 annoncent déjà la seconde période, dominée par l’expression d’un vote sanction. De 1981 à 1997, la majorité sortante, alternativement de gauche et de droite, est invariablement battue. L’évolution des résultats aux élections législatives de la cinquième république fait apparaître un bouleversement profond du comportement électoral des français dont la défaite des majorités sortantes n’est que la manifestation la plus visible.

Des élections de plus en plus disputées.

L’analyse des élections législatives sous la cinquième république permet de relever une augmentation du nombre des candidats. Ce phénomène traduit une ouverture de la compétition électorale. Il complique le jeu des alliances et des désistements, contribuant à accroître l’incertitude des candidatures, même les plus établies. Les statistiques de candidatures, en métropole, indiquent une première tendance à l’accroissement du nombre de candidats par circonscription à partir de 1973, puis une hausse plus marquée encore à partir de 1993. De ce point de vue, les élections législatives de 1993 (avec 5139 candidats) et de 1997 (6214 candidats) pour 555 circonscriptions, représentent un record absolu sous la cinquième république.

L’offre de candidatures depuis 1958 (élections législatives – métropole – 1er tour)

Élections

Nombre de circonscriptions

Nombre de candidats

Moyenne/ circonscription

1958

465

2783

6

1962

465

2162

4,5

1967

470

2182

4,6

1968

470

2255

4,8

1973

473

2982

6,3

1978

474

4215

8,9

1981

474

2650

5,6

1986

-

769 listes

-

1988

555

2788

5

1993

555

5139

9,2

1997

555

6214

11,2

Moyenne 1958-78

469

2763

5,89

Moyenne 1981-97

535

4198

7,84

Moyenne 1958-97

495

3337

6,6


L’évolution du ballottage est plus incertaine. Sur l’ensemble de la période, il est difficile de déceler une véritable tendance à la hausse. Les élections de 1968 et de 1981 se distinguent par le nombre élevé de sièges emportés dès le premier tour. Si ces deux consultations se caractérisent également par une large victoire, de la droite en 1968 et de la gauche en 1981, il en va de même pour les élections de 1993, au profit de la droite, tandis que le pourcentage des circonscriptions en ballottage est l’un des plus élevés de la cinquième république. En revanche, depuis 1981, et si nous laissons de côté les élections de 1986 en raison d’un mode de scrutin spécifique, on peut observer une hausse régulière du nombre de victoires nécessitant un second tour. Les élections législatives semblent de plus en plus disputées, ce qui est en cohérence avec le poids croissant du vote sanction au détriment du vote de reconduction. Enfin, il faut noter que le pourcentage de circonscriptions en ballottage atteint son niveau le plus haut lors des élections de 1997, notamment en raison de l’évolution de la concurrence à droite et l’effet triangulaire lié aux maintien au second tour des candidats du Front national.

L’évolution du ballottage depuis 1958

(élections législatives - métropole - 1er tour)

Élections

Nombre de circonscriptions en ballottage

Proportion en %

1958

426

91,61

1962

369

79,35

1967

398

84,68

1968

316

67,23

1973

424

89,64

1978

418

88,18

1981

320

67,51

1986

-

-

1988

440

79,27

1993

483

87,02

1997

548

98,74

Moyenne 1958-1978

391,83

83,45

Moyenne 1981-1997

490,33

88,34

Moyenne 1958-1997

414

83,32

L’expansion d’une dissidence électorale.

Depuis 1958, l’abstention aux élections législatives connaît une évolution sinueuse et atteint des proportions différentes selon qu’il s’agit du premier ou du second tour. Pour autant, la période 1958-1978 établit un niveau moyen d’abstention (21,41%) sensiblement inférieur à celui de la période 1981-1997 (29,31%). Il est donc possible de parler d’une tendance à l’abstention. Certaines élections sont certainement plus mobilisatrices que d’autres. Ainsi, l’espoir ou la crainte de l’alternance pouvaient expliquer le niveau historiquement bas de l’abstention lors des élections législatives de 1978 (16,75%). Mais en revanche, depuis 1981, alors même que toutes les élections législatives ont été des élections d’alternance, le niveau de l’abstention est devenu beaucoup plus élevé.  confirmant le rôle important joué par les abstentionnistes depuis vingt ans dans le dénouement des confrontations électorales.

L’abstention depuis 1958

(élections législatives - métropole - en %)

Élections

1er tour

2ème tour

23 et 30 novembre 1958

22,82

23,68

18 et 25 novembre 1962

31,31

27,99

5 et 12 mars 1967

18,88

20,20

23 et 30 juin 1968

20,04

22,19

4 e 11 mars 1973

18,69

18,23

12 et 19 mars 1978

16,75

15,14

14 et 21 juin 1981

29,14

24,97

16 mars 1986

21,51

5 et 12 juin 1988

33,87

29,80

21 et 28 mars 1993

30,49

32,31

25 mai et 1er juin 1997

31,54

28,54

Moyenne 1958-1978

21,41

21,24

Moyenne 1981-1997

29,31

28,90

Moyenne 1958-1997

25

24,30


Que ce soit par dépit, indifférence, stratégie ou conviction, l’abstention est un indicateur de la relation que les gouvernés entretiennent avec la politique électorale. Il en va de même pour ce qui concerne le niveau atteint par les bulletins blancs et nuls, à ceci près que ces derniers peuvent combiner une approbation de la procédure électorale, l’électeur prenant la peine de se déplacer pour voter, et un refus de l’offre électorale, l’électeur refusant de se plier au choix qui lui est proposé. Il est également possible d’ajouter à l’abstention et aux votes blancs et nuls le vote en faveur de formations politiques protestataires, telles que l’extrême gauche et l’extrême droite. Sans méconnaître tout ce qui différencie les types de comportements que sont l’abstention, le vote blanc et nul et les votes protestataires, il est possible de les regrouper dans un ensemble manifestant l’existence de ce que l’on appellera la « dissidence électorale ».

Le poids de la « dissidence électorale » de 1958 à 1997

(élections législatives – 1er tour – métropole – en %)

1958

1962

1967

1968

1973

1978

1981

1986

1988

1993

1997

27,4

36,21

23,50

25,44

24,23

22,32

31,66

36,48

45,59

48,96

52,47


De 1958 à 1973, le poids de la dissidence électorale suit une évolution en dents de scie, alternant hausse et baisse avec une parfaite régularité. En revanche, à partir de 1978, on peut observer que chacune des élections législatives se solde par une hausse, pour atteindre en 1997 un niveau exceptionnellement élevé (52,47 %). La dissidence électorale constitue un phénomène incontestablement nouveau dans l’histoire française des élections législatives. Jamais auparavant n’avaient été conjugués, et avec une telle force, autant de signes exprimant à un titre ou à un autre une mise en cause de l’offre électorale, des pratiques attachées à l’élection, voire de la convention électorale elle-même.

La montée de l’extrême droite

Parmi ces manifestations de la crise électorale, l’une des plus notables est certainement la montée en puissance d’une extrême droite électorale. Pourtant, dans un premier temps, de 1958 à 1968, le poids électoral de l’extrême droite diminue régulièrement, élections après élections. Rassemblant 2,62 % des suffrages exprimés au commencement de la Cinquième république, l’extrême droite a presque complètement disparu en 1968 (0,08 %). En dix ans, l’extrême droite a quitté le paysage électoral français. L’avènement d’une république restaurant la fonction exécutive, la domination des droites, et singulièrement de la droite gaulliste, autant que la fin de la crise algérienne peuvent expliquer l’extinction progressive du vote d’extrême droite. En revanche, les années soixante-dix semblent annoncer un regain électoral que la décennie suivante confirmera. La recomposition d’une extrême droite électorale dans le cadre des élections législatives est visible dès 1973, lorsqu’elle réalise un score certes modeste (0,52 % des suffrages exprimés), mais en hausse sensible par rapport à 1968 (0,08 %). Les premiers temps de cette reconquête demeurent incertains. En effet, si les élections de 1978 confirment le progrès (0,75 %), en revanche, les élections législatives de 1981 se soldent par un nouveau recul (0,29 %). Pourtant, à partir de 1986, toutes les élections législatives seront marquées par un progrès de l’extrême droite, jusqu’à atteindre son niveau le plus haut en 1997, avec 15,40 % des suffrages exprimés (en métropole).

Le poids croissant de l’extrême droite dans les élections législatives pose un problème crucial aux droites républicaines. En effet, tandis que le mode de scrutin conduit au rassemblement des droites, la nature de l’extrême droite rend particulièrement difficile, voire impossible, une stratégie d’union, ou de désistement. Quand le poids électoral de l’extrême droite dans le poids électoral total des droites est marginal, le refus d’une alliance avec l’extrême droite est peu coûteux. Mais le coût d’une « ostracisation » de l’extrême droite augmente en raison de son poids électoral. Or, à partir de 1973, la part de l’électorat extrême droite dans l’électorat total des droites augmente régulièrement (à l’exception de 1981), pour atteindre presque un vingtième en 1993 et frôler le quart en 1997.

Le poids du vote extrême droite dans le vote de droite de 1958 à 1997 -
(élections législatives 1er tour – métropole – en %)

1958

1962

1967

1968

1973

1978

1981

1986

1988

1993

1997

4,43

1,33

0,98

0,13

0,95

1,55

0,67

15,53

16,45

18,42

23,13


Lors des élections législatives de 1997, pour la première fois, l’extrême droite parvenait à rassembler 15,40 % des suffrages exprimés. L’extrême droite devenait ainsi, en voix, la quatrième force politique française et la deuxième force politique de droite, devançant la droite centriste (14,88 %), seulement dépassée, mais de peu, par la droite néo-gaulliste (16,49 %). Si l’extrême droite électorale devait se maintenir à un tel niveau, les droites républicaines n’auraient pas d’autre alternative que de se résoudre à une alliance électorale avec l’extrême droite ou bien de se résigner à perdre les élections législatives. L’avenir politiques des droites républicaines françaises est dans le déclin électoral de l’extrême droite.

La crise électorale des partis de gouvernement.

Le développement de la dissidence électorale implique conséquemment un affaiblissement de la base électorale des partis de gouvernement. Cet affaiblissement est l’un des phénomènes les plus significatifs et les plus importants d’une histoire électorale de la Cinquième république. Considérons qu’il existe une gauche et une droite de gouvernement représentées par des formations politiques intégrées depuis 1958, à quelque moment que ce soit, dans l’une ou l’autre des coalitions à vocation majoritaire. Dans cette perspective, la gauche de gouvernement est représentée par l’addition des forces électorales du Parti communiste, du Parti socialiste, des radicaux et des divers gauches (pour les élections législatives de 1997, nous ajoutons les Verts). La droite de gouvernement est représentée par l’addition des forces électorales de la droite centriste, de la droite gaulliste, ou néo-gaulliste et des divers droites. Ces regroupements permettent de connaître l’évolution des bases électorales des forces de gouvernement. L’intérêt d’une telle analyse impose de prendre en compte non pas les suffrages exprimés, mais les suffrages obtenus par rapport aux inscrits.

La base électorale des partis de gouvernement depuis 1958
(en % des inscrits - 1er tour – métropole)

 

1958

1962

1967

1968

1973

1978

1981

1986

1988

1993

1997

Gauche

34,02

29,12

34,50

31,8

33,9

38,3

37,98

31,39

31,52

19,28

26,98

Droite

38,88

36,9

44,24

46,25

42,64

38,14

29,97

33,51

26,22

29,02

23,55

Total

72,9

66,02

78,74

78,05

76,54

76,44

67,95

64,9

57,74

48,3

50,53


La lecture de ce tableau permet de distinguer, une fois encore, les deux périodes précédemment indiquées. De 1958 à 1978, à l’exception de 1962, le total des suffrages exprimés en faveur des partis de gouvernement est supérieur à 70 % des inscrits. Ce résultat ne sera plus jamais atteint à partir de 1981. En fait, l’érosion est perceptible dès 1973. En effet, de 1973 à 1993, chaque élection législative se traduit par un affaiblissement supplémentaire de cette base électorale. On note en revanche une hausse en 1997 (par rapport à 1993). Elle s’explique par les 2,39 % des électeurs inscrits qui ont choisi de voter en faveur des Verts. Sans cet apport, le résultat total demeure inférieur à celui de 1993 (48,14 % des inscrits). Autrement dit, la hausse mesurée en 1997 et contredisant le mouvement observé depuis 1973 a pour cause l’intégration dans une coalition de gouvernement (la « majorité plurielle ») d’une formation politique qui, jusque-là, était resté en dehors d’un tel regroupement (les Verts). Les prochaines élections législatives diront s’il s’agit d’un tournant, ouvrant sur une période de retour des électeurs inscrits vers un vote favorable aux forces politiques de gouvernement, ou bien si ces forces de gouvernement sont allées puiser les dernières forces électorales encore disponibles et qu’elles pouvaient ajouter aux leurs pour compléter un dispositif visant à atteindre la majorité.

Le rapport gauche/droite depuis 1958.

Le rapport de forces électoral entre la gauche et la droite est un indicateur traditionnel de la vie politique française. Son évolution dans le cadre des élections législatives de la Cinquième république met en lumière une très large domination des droites françaises, en voix. Sur onze élections, la gauche n’est majoritaire en voix qu’à deux reprises (1978 et 1981). De même, si l’écart gauche/droite, en points, varie beaucoup d’une élection à l’autre, l’écart le plus grand (18,42 points) est au profit de la droite (1968). On notera que l’écart le plus faible (1 point) est également, en voix, au profit de la droite, tandis qu’il se transforme cependant en une victoire de la gauche, en sièges (1988). De même on peut relever que la droite est défaite aux élections de 1997, malgré un rapport gauche/droite qui lui était favorable (de 5 points), tandis que la gauche gagne les élections de 1988, malgré un rapport gauche/droite qui lui était défavorable (1 point en faveur de la droite). Enfin, on retiendra que l’écart gauche/droite tend à se réduire au cours de la Cinquième république. De 1958 à 1978, l’écart moyen est de 10 points tandis. De 1981 à 1997, l’écart moyen est de 3,29 points. On peut se demander si la succession des alternances, à partir de 1981, n’a pas pour effet de déterminer une réduction tendancielle de l’écart gauche/droite, ou bien se demander si la réduction tendancielle de cet écart n’est pas, à l’inverse, le facteur déterminant la série des alternances.

L’évolution du rapport gauche/droite depuis 1958
(élections législatives – métropole - 1er tour - en %)

Élections

Gauche

Droite

Écart (en points)

23 novembre 1958

43,59

56,40

12,81

18 novembre 1962

43,75

56,18

14,43

5 mars 1967

43,62

56,36

12,74

23 juin 1968

40,52

58,94

18,42

4 mars 1973

45,84

54,16

8,32

12 mars 1978

52,24

47,48

4,76

14 juin 1981

56,72

43,20

13,52

16 mars 1986

45,56

54,63

9,07

5 juin 1988

49,44

50,44

1

21 mars 1993

42,09

56,98

14,89

25 mai 1997

46,18

51,19

5,01

Moyenne 1958-1978

44,93

54,92

9,99

Moyenne 1981-1997

48

51,29

3,29

Moyenne 1958-1997

46,32

53,27

6,95


Le total Gauche/Droite n’est pas égal à 100%, une petite partie des suffrages se portant sur des formations qui échappent à cette classification.

CONCLUSION

D’un point de vue électoral, la Cinquième république ne connaît plus de régime normal. Si l’on choisit le critère de la pratique, force est de constater que la période du vote de reconduction, 1958-1981, c’est-à-dire 23 ans, n’est guère plus longue que la période du vote sanction, soit 21 ans si l’on considère qu’elle s’étend de1981à 2002. La domination actuelle du vote sanction entraîne une série de bouleversements importants. Le renversement des majorités parlementaires imposé avec une régularité implacable par les cinq dernières élections législatives, fait pour principales victimes les partis de gouvernement. Que ce soit le RPR, l'UDF ou le Parti socialiste, les anciennes hégémonies partisanes qui pouvaient prévaloir de 1958 à 1981, au bénéfice de la droite puis, plus brièvement, de la gauche, semblent révolues. La nouvelle période se caractérise par une grande fragilité des positions. Au contraire, mais en conséquence, les formations moins importantes retrouvent un poids politique, souvent sans commune mesure avec leur poids électoral. Il en est ainsi du Parti communiste dont le déclin est spectaculaire. Par rapport aux suffrages exprimés, il passe de 19,21 % en 1958 à 9,86 % en 1997. Par rapport aux inscrits, le mouvement est plus rude encore, le PC chutant de 14,21 % à 6,44 %. Mais, en 1997, cette débâcle, en voix, ne fait pas moins du PC l'allié indispensable, en sièges, d'un Parti socialiste réconforté, mais encore incapable d'atteindre la majorité nécessaire, même avec l'apport de ses alliés non communistes. Il en est ainsi également du Front national, qui, avec plus de 4 millions d'électeurs n’est pourtant pas en mesure d'obtenir plus d'un siège à l'Assemblée nationale, tandis qu'il s'avère capable d'en faire perdre plus de quarante à la majorité sortante.

La série électorale des retournements de majorités parlementaires détermine la crise actuelle des partis de gouvernement. Elle entraîne également une conséquence plus visible. En effet, parmi les quatre renversements de majorité, trois conduisent à une période de cohabitation (1986, 1993 et 1997). La série électorale des renversements de majorité favorise donc l’installation d’un régime de cohabitation dont la Cinquième république n’est pas sortie depuis quinze ans. L’une des conséquences majeures de la domination du vote sanction est bien d’avoir engendré une période politique et constitutionnelle d’un nouveau type et qu’il n’est plus possible de regarder comme un écart par rapport à la norme. De fait, le régime de la cohabitation est celui de la France depuis 1986. La série des quatre renversements de majorité et des trois cohabitations est étroitement liée au déclin du vote et aux transformations du comportement électoral que met en lumière, à sa manière, la présentation des résultats aux élections législatives depuis 1958. Les évolutions relevées et l’évocation de quelques unes de leurs conséquences permettent de mieux apprécier la nature et l’importance du mouvement de mutation dans lequel est engagé l’ensemble du système politique français.

DOMINIQUE REYNIÉ

Tableau synthétique des résultats du premier tour des élections législatives sous la Cinquième république (Métropole - % des suffrages exprimés)

/

1958

1962

1967

1968

1973

1978

1981

1986

1988

1993

1997

Abstention
(% des inscrits)

22,82

31,31

18,88

20,04

18,69

16,68

29,14

21,51

33,87

30,68

31,49

Blancs/nuls
(% des inscrits)

1,96

2,12

1,85

1,36

1,83

1,62

1,01

3,40

1,43

3,65

3,36

Extrême gauche

-

2,02

2,21

3,96

3,19

3,27

1,22

1,52

0,36

1,76

2,22

PCF

19,21

21,87

22,51

20,02

21,41

20,61

16,13

9,68

11,16

9,14

9,86

PS +MRG/RS

15,70

SFIO

12,43

SFIO

18,90

16,54

20,82

24,95

37,43

31,60

37,55

19,03

25,66

Divers gauche

8,67

7,42

-

-

0,41

1,37

0,87

1,20

-

1,07

2,05

Écologistes

-

-

-

-

-

2,04

1,07

1,24

0,35

11,08

6,39
V= 3,66

Divers

-

0,07

0,02

0,54

-

0,28

0,09

0,08

0,07

0,90

1,63

Droite non gaull/UDF

33,30

23,01

23,72

20,82

28,89

19,63

20,39

41,85

18,76

20,09

14,88

Droite gaull/RPR

20,47

32,41

32,08

38,02

24,79

22,84

21,24

19,22

19,85

16,49

Divers droite

-

-

-

-

-

4,26

1,28

2,73

2,53

4,17

4,42

Extrême droite

2,62

0,76

0,56

0,08

0,52

0,75

0,29

10,05

9,93

12,87

15,40

Total Gauches

43,59

43,75

43,62

40,52

45,84

50,20

55,65

44,02

49,09

31,01

39,79

Total Gauche + écologistes

-

-

-

-

-

52,24

56,72

45,56

49,44

42,09

46,18

Total droites classiques

53,77

55,42

55,80

58,84

53,68

46,73

42,91

44,58

40,51

44,11

35,79

Total droites + ext. droite

56,40

56,18

56,36

58,94

54,16

47,48

43,20

54,63

50,44

56,98

51,19

BIBLIOGRAPHIE

Chapsal (Jacques), La vie politique sous la Ve République, Paris, Presses Universitaires de France, Paris, 2ème édition, 1984 ; Goguel (François) Chroniques électorales, Paris, Presses de Sciences Po ; Habert (Philippe), Perrineau (Pascal) et Ysmal (Colette), dir., Chroniques électorales, Département d'Etudes politiques du Figaro/Presses de Sciences Po,; Lancelot (Alain) Les élections nationales sous la Cinquième République, Paris, Presses Universitaires de France, 3ème édition, 1998 ; Mayer (N.) et Perrineau (P.), (éd.), Le Front national à découvert, Paris, Presses de Sciences Po, 2ème édition, 1997

CORRÉLATS: Bipolarisation - Député – Deuxième tour - Élections présidentielles (résultats) – Soirée électorale.

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